Anciennes règles et nouveaux usages : se garder d'une application trop stricte

Publié le par agence-redaction-web

Dans cet article, nous reprenons certaines recommandations que l'on peut trouver sur Internet quant à l'écriture pour le Web. Hélas, nombre de ces recommandations sont pour la plupart anciennes, et remontent une période pré-an 2000.

 

Les différents niveaux de lecture

En premier lieu, la notion de niveau d'intérêt. Certains auteurs ont réussi à établir une classification des degrés d'intérêt qui se manifestent au contact d'une page Web.

Aucun intérêt

 

  • lecture du titre seulement
  • lecture d'une phrase simple
  • lecture du résumé d'un paragraphe
  • lecture des points principaux de la page
  •  lecture de la plupart des points contenus sur la page
  • lecture extrêmement détaillée
  •  et enfin internaute qui visite plusieurs pages sur le site en restant sur chacune d'elles plusieurs minutes de façon à étancher sa soif d'information. Quelle exemplarité !

 

Donner à chacun selon sa soif

L'approche traditionnelle élaborée circa 1999 consiste à répondre à chacun de ces niveaux d'intérêt, de manière à donner à tous les utilisateurs les éléments qu'ils estiment être en droit d'attendre. Par exemple, pour les lecteurs qui n'ont que très peu d'intérêt par rapport au sujet de la page, on écrira un résumé de la page en une phrase qui cherchera à leur donner le maximum d'informations dans le temps dont ils disposent.

 

Résumer, résumer

Pour les internautes qui ont un peu plus de temps et d'intérêt, on établira un paragraphe qui résumera la page. On pourra également faire une liste des différents points abordés par la page et donc de sa structure, sous forme de liste à puces. Parmi les autres recommandations, celle qui consistait à diviser une page trop longue en plusieurs pages reliées les unes aux autres, ou encore l'intégration d'encre de texte au début de la page qui permette d'aller du haut de la page au milieu puis au bas de la page de manière rapide.

 

Et pourtant...

Ces manières de procéder ont aujourd'hui disparu pour la plupart, d'abord parce que la résolution des souris d'ordinateur a considérablement augmenté tandis que la molette de défilement faisait son apparition ; d'autre part les recherches en ergonomie utilisateurs ont prouvé qu'il valait mieux une page plus longue plutôt que plusieurs pages, car l'utilisateur a la faculté de se déplacer rapidement dans la page afin de vérifier si le contenu lui convient ou pas. Il utilisera à ce moment-là les titres de paragraphes et des exergues pour se repérer et naviguer dans la page. On a d'ailleurs constaté de façon amusante que le texte situé tout en bas de page avait au moins autant d'importance que le texte situé tout en début de page. La même constatation a été retrouvée sur les résultats des moteurs de recherche : il vaut mieux être dixième que cinquième.

 

Oldies, mais pas nécessairement Goodies

Pourtant, on continue à trouver sur le net des conseils qui datent de Mathusalem. Ainsi, dans un papier datant de juillet 2010, un blogueur influent aux USA donne les conseils suivants :

« Internet est une jungle dans laquelle il est difficile de se frayer un chemin. Les études montrent que les utilisateurs ne font que parcourir les pages de façon à trouver rapidement l'information dont ils ont besoin, et le succès d'un site Web dépend donc principalement de sa capacité à répondre à ce besoin de concision. »


Résumer, résumer, résumer

Basant tout son raisonnement ce postulat, il énonce que les pages des bons sites sont toujours courtes et concises, et donne même un ratio : la bonne longueur d'un texte pour le Web c'est la moitié d'un texte normal. Il explique également qu'il est important de diviser la page en paragraphes courts, tous dotés d'un titre clair qui indique efficacement ce que l'on peut y trouver. Et de suggérer autant que faire se peut d'utiliser des listes à puces : « les listes à puces sont un excellent moyen de délivrer l'information la plus importante d'une manière rapide et facile à comprendre ». A notre sens, ce type de présentation est à la qualité de communication ce que le fast-food est à la qualité de la nourriture : un moyen rapide et pratique d'aller à l'essentiel, c'est-à-dire de supprimer tout ce qui donne du goût et du sens, en ne conservant que la fonction la plus basique.

 

Des sources un peu trop anciennes

L'auteur de cet éminent post a tout de même l'honnêteté de citer l'étude sur laquelle il base ce raisonnement : comme l’indique le site UseIt sur laquelle elle figure, elle date de 1997. Peu importe que plus de 10 ans aient passé, peu importe que la puissance des ordinateurs, la qualité ergonomique des systèmes d'exploitation, la taille physique des écrans, la rapidité des connexions, la puissance des outils multimédia et l'apparition des canaux sociaux soient aussi passés par là. Peu importe que le Web mobile soit désormais une réalité, que les notions de Software as a Service et de Cloud Computing se soient fait jour, que l'e-commerce soit désormais une réalité économique quotidienne, que l'accès aux pages des sites Web s'effectue désormais majoritairement à travers les moteurs de recherche, que la publicité en ligne soit désormais devenue un canal majeur de la reconnaissance de marque.

 

Tout cela importe peu. Et aurait pu mériter une liste à puces, au risque de créer une page trop longue. 

 

Des blogueurs comme celui-ci et, c’est plus grave, des agences de rédaction Web continueront de citer cette étude de 1997 –et d’autres- comme étant la preuve d'une structure irréfutable et inamovible à laquelle toutes les pages Web devraient se conformer. Cette approche malheureuse continuera encore longtemps, on peut le craindre, de contribuer à l'uniformité et, n'ayons pas peur de le dire, à la médiocrité de nombreux sites Web.

 

Il nous est même parfois arrivé de rire en lisant des conseils d'une simplicité désarmante « écrivez toujours le contenu de votre site Internet en pensant à cette règle simple : qui, quoi, quand, où et pourquoi ». on reste véritablement songeur en imaginant que certains webmasters puissent s'astreindre à suivre une règle qui aurait dû leur être enseignée en maternelle, et que le collège aurait dû leur apprendre à dépasser.

 

Et si tout cela était juste ?

Il peut être tentant de comparer les sites les plus pratiqués sur le Web mondial et de les rapprocher de ces règles anciennes. Si l'on prend le cas d'un site emblématique, celui d'Apple, le discours de notre blogueur américain semble prendre sa revanche sur la présente réflexion : les textes sont courts, en regard d'images des produits, et portent des titres percutants. Mais on le sait bien comparaison n'est pas raison, et si l'on veut parler qualité de sites Web, et de rédactionnel, il vaut mieux éviter de prendre celui de l'entreprise qui a connu la plus forte croissance au monde au cours de ces dernières années grâce non pas à la qualité d'un site Web mais à des produits innovants et arrivés sur le marché à un moment où celui-ci était mûr pour les accueillir. Sans rentrer dans une explication de la réussite d'Apple, on peut néanmoins considérer que le site Web de la marque n'aura pas forcément eu une importance majeure. A l'heure de la réputation sociale, des flux Facebook et Twitter, le contenu de valeur est plus que jamais important. Des entreprises importantes nous commandent des livres blancs, d'autres nous demandent d'écrire des textes pour leurs sites : elles ont compris l'importance du sens, et savent faire fi du diktat de la soi-disant "usabilité".

 

La compagnie de M. Nielsen, l’auteur du rapport ancestral précité, continue d’évoluer. Elle donne régulièrement une formation sur l’écriture pour le web. Cette formation distingue effectivement entre les différents niveaux de lecture et suggère une approche basée sur la distinction entre moteurs de recherche et usagers humains, qui favorise pour ces derniers une compréhension rapide grâce à l’utilisation de paragraphes clairement identifiés.

 

Des évolutions

Mais la même compagnie propose également des formations qui mettent l’accent sur la diversité des utilisateurs,  ou sur la nécessité de prendre en compte les différents profils psychologiques.  D’ailleurs, sa formation sur l’écriture pour le web s’achève sur la nécessité de tester plusieurs versions de contenu, afin de voir laquelle fonctionne le mieux. C’est la preuve qu’il n’existe pas de recette unique, mais simplement quelques guides qui sont faits pour mieux être dépassés, afin d’inventer le rédactionnel web qui vous convient le mieux, c’est-à-dire qui convient le mieux à vos clients.

 

La souplesse, maître-mot

Conserver une approche souple permet de s’adapter, alors qu’appliquer un ensemble de règles strictes et rigides peu amener à manquer sa cible. 

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