Contenus Web et Crowdsourcing : sachez ce que vous achetez

Publié le par agence-redaction-web

 

Le contenu web, une commodité ?

Le terme de commodité est un anglicisme fréquemment utilisé dans les milieux techniques de l'informatique, anglicisme que l'on pardonnera puisque le mot est lui-même dérivé du français depuis le XVe siècle. C'est un mot intéressant, car il signifie « produit de base », mais y ajoute une notion d'utilité : un produit de base commode, pratique, c'est-à-dire simple d'emploi et peu coûteux. La liste des biens de commodité est extrêmement longue, et va de la farine jusqu'à l'acier.

Le rédactionnel web, sujet au Crowdsourcing

Le contenu Web, c'est-à-dire la rédaction de contenu, fait désormais partie des commodités. Le rédactionnel est aujourd'hui considéré comme une matière première. On le voit bien à travers la pratique du « crowdsourcing », encore un mot anglais qui désigne, lui, l'emploi de dizaines de milliers de personnes à faible coût à travers un site Internet. Le crowdsourcing est un modèle économique qui vise à procurer un service au meilleur rapport qualité-prix possible, en fonction du budget du donneur d'ordre. Prenons l'exemple de deux métiers : le graphisme, et la programmation.

L’exemple du graphisme en matière de crowdsourcing

Dans le domaine du graphisme les sites de crowdsourcing sont légion : 99designs est l'un des plus anciens. Lors du lancement de ce site Internet voici quelques années les graphistes français se sont révoltés, craignant pour l'avenir de leur métier. On parlait alors de dumping social, d'exploitation voire d'esclavagisme. Mais bien vite les graphistes se sont aperçus qu'il y avait du travail pour tout le monde : les clients qui recherchent de la qualité continuent de faire appel à des graphistes dont les coûts sont élevés, à tel point que les prix sur les plates-formes de crowdsourcing ont augmenté considérablement : on pouvait, il y a trois ans, acheter le design complet d'un site Internet pour moins de 300 dollars. Les prix actuels sont aujourd’hui deux à trois fois supérieurs.

Quant aux clients qui recherchent avant tout des coûts inférieurs, ils peuvent trouver, pour une poignée de dollars ou d'euros, des prestataires en graphisme. Il faut toutefois souligner que la qualité fournie se situe au niveau de la rémunération : le fait de posséder une copie de PhotoShop ou de CorelDRAW ne vous transforme pas en graphiste, et s'il existe des écoles de graphisme c'est probablement parce que c'est un métier qui demande un certain nombre de connaissances et de technicité. Au final, les sites de crowdsourcing en graphisme se résument à un choix : préférez-vous la qualité ou le prix ? Entre ces deux extrêmes il est possible de placer le curseur à n'importe quel endroit : pour un prix un peu plus élevé que le prix de base vous aurez une qualité un peu meilleure.

Crowdsourcing et programmation

Dans le domaine de la programmation, le principe est à peu près le même. Il est néanmoins beaucoup mieux accepté, principalement parce que les grandes sociétés d'informatique française ont délocalisé depuis de longues années une partie de leur production de code informatique. La nouveauté, c'est que cette délocalisation est désormais accessible à tous à travers des sites de crowdsourcing dédiés à la programmation, dont l'un des leaders s'avère être le site Elance. Toute personne ou société ayant un niveau d'anglais minimal pouvait ainsi lancer un appel d'offres qui sera visible par des programmeurs situés en Inde, au Pakistan, en Ukraine, ou en Chine. Le site est désormais disponible en français, même si la communication avec les programmeurs devra s'effectuer en anglais.

En matière de programmation, les déconvenues sont parfois plus cuisantes qu'en graphisme, parce que les projets informatiques sont de nature plus complexe et qu'il est généralement difficile de valider la prestation d'un programmeur avant que le projet ne soit terminé. Les sociétés qui rencontrent du succès sur ses plates-formes sont celles qui disposent d'un chef de projet en interne, capable de gérer les équipes de partenaires situés à l'étranger. Lorsque ces programmeurs sont de bon niveau, les opérations de crowdsourcing sont tout à fait positives, le coût horaire moyen d'un programmeur en Inde étant de l'ordre de 16 $ contre 40 à 60 € pour un programmeur en France.

La rédaction de contenu web n’est pas en reste

Le phénomène est exactement similaire dans le domaine du rédactionnel Web. Sur les forums professionnels, on voit des rédacteurs s'alarmer de l'arrivée de nouvelles plates-formes de crowdsourcing à des prix défiant effectivement toute concurrence.

Par curiosité, nous nous sommes inscrits sur l'une de ces plates-formes. Après avoir effectué la rédaction d'un petit texte de 250 mots à partir d'une photo de sports hippiques, il nous a fallu attendre une dizaine de jours pour que notre profil soit validé. Lorsque cela a été le cas, nous avons pu accéder aux missions disponibles. Il n'y en avait que quatre au total, ce qui est peu pour une plate-forme qui revendique plus de 10 000 rédacteurs. Les textes demandés étaient d'une longueur variant entre 300 et 600 mots, pour un prix n'excédant pas 1,20 €. Cette rétribution est extrêmement faible si on la rapporte à la moyenne des rétributions observées sur les sites de graphisme ou de programmation précédemment cités : le salaire horaire moyen d'un graphiste ou d'un programmeur de compétence moyenne se situe le plus souvent autour de 16 $ et ne descend jamais en dessous de 10 $ de l’heure, sauf lorsqu'il s'agit de tâches extrêmement répétitives ou basiques qui ne demandent aucune connaissance. Le site Amazon propose d'ailleurs aux internautes US d'acheter la collaboration de véritables robots humains à travers le site MechanicalTurk, pour des prix qui peuvent descendre jusqu'à un dollar de l’heure : il s'agit généralement de trier des données, ou de faire de la saisie de données dans des feuilles Excel, dans certains cas assez rares d'effectuer des commentaires sur des sites Internet afin de créer des liens entrants, une pratique qui peut s'avérer dangereuse pour la réputation d'un site Internet si elle est menée sans intelligence.

Des prix véritablement faibles pour du contenu de sites web

Rétributions extrêmement faible donc, et même ridicule. Encore pourrait-on s'en accommoder si la tâche demandée était d'une simplicité à la hauteur du salaire versé, mais sur les quelques exemples que nous avons pu analyser ce n'était pas le cas.

Sur l'une des fiches un constructeur de maisons en bois situé dans le Sud-Ouest exigeait une véritable étude chiffrée, le rédacteur ayant pour tâche de trouver le prix de la construction au mètre carré dans chacune des villes concernées, puis de les rapporter au coût de la construction selon les différents modèles de maisons en bois au catalogue du constructeur. Un travail qui demande probablement entre une heure et une heure trente. Pour 1,20 euros !

Une autre fiche demandait que l'on rédige des textes sur les hôtels situés à New York, dans le cadre d'un guide. La structure de chaque texte était précisée, avec des modalités très spécifiques à suivre, et le donneur d'ordre indiquait une liste de sites Internet sur lesquels se rendre pour y trouver des informations. Prix du texte de 300 mots : 1,20 €. On voit qu'il s'agit là de rédactionnel Web relativement complexe, qui exige une recherche approfondie. Il est tout simplement impossible de fournir un résultat de qualité pour ce tarif. Pourtant, les commanditaires insistaient sur l'aspect qualitatif et demandaient à avoir un résultat de très bon niveau, témoignant ainsi d'une grande méconnaissance du système de crowdsourcing.

La vérité c’est que l’on ne peut pas avoir des textes de bon niveau en payant un tel prix. On ne peut pas avoir des textes de bon niveau et une recherche de qualité qui produit des résultats intelligibles et utiles en payant un tel prix.

Que peut-on avoir pour 1,20 € ? En réalité pas grand-chose, et certainement pas les services d'un professionnel de la rédaction de contenu Internet. On peut à la rigueur obtenir un texte écrit rapidement et sans grande attention de la part d’un rédacteur Web, qui n'y aura pas passé plus de trois ou quatre minutes.

Il s'agit simplement d'un impératif de rentabilité très simple à comprendre. Un texte de 300 mots demande au minimum 10 minutes de travail. Une personne sachant correctement taper sur un clavier est capable de saisir du texte à la vitesse moyenne de 80 mots par minute, soit environ quatre minutes pour 300 mots. Ce qui laisse environ six minutes pour réfléchir à ce que l'on va dire, voire pour rechercher de l'information. Un rédacteur Internet qui rentrerait dans ce cas de figure plutôt rapide serait donc capable de générer six textes de 300 mots en une heure, soit un salaire horaire de 7,20 €. Il y a là une impossibilité manifeste, car un rédacteur aussi rapide ne se trouve pas si facilement : c'est probablement une personne de qualité et donc elle demande un prix horaire bien plus élevé.

Savoir placer le curseur

La seule possibilité qui reste donc c'est la même que sur tous les sites de crowdsourcing, quelle que soit l'activité considérée. Lorsque l'on paye si peu cher, on ne peut pas s'attendre à avoir de la qualité. On ne peut avoir que des textes de niveau médiocre voire extrêmement médiocre ; exiger des textes de qualité pour ce prix relève donc d'une grande méconnaissance des mécanismes du crowdsourcing. Encore une fois toute la question c'est de savoir où est-ce que vous situez le curseur entre le prix et la qualité. Si vous souhaitez uniquement des volumes de textes importants qui puissent contenir des liens ou des mots-clés, textes dont le but unique est d'être lus par les moteurs de recherche, alors vous pouvez utiliser le crowdsourcing tout en sachant que les moteurs de recherche réprouvent ce type de méthodes qui peuvent se révéler dangereuses pour votre site à moyen terme.

En revanche si vous souhaitez obtenir des textes de qualité, et plus encore si vous voulez demander au rédacteur Web qu’il effectue des recherches et ajoute du sens à la rédaction de contenu, c'est-à-dire de la valeur ajoutée, alors vous devez être prêt à payer la vraie valeur de ce rédactionnel. Les très bons rédacteurs Web sont payés 150 € le feuillet, soit environ 240 mots. Soit autour de 200 € pour un texte de 300 mots. C'est tout simplement 250 fois plus que le prix consenti par la plate-forme de crowdsourcing que nous évoquions. Comment est-ce possible ? Un rédacteur Web de ce niveau est-il 250 fois plus qualifié qu'un rédacteur à 1,20 € ? La réponse est plus que positive : car un texte de très bon niveau vous rapportera un retour sur investissement bien supérieur à 250 fois 1,20 €, que ce soit du point de vue des moteurs de recherche ou du point de vue des utilisateurs.

Tout est question de retour sur investissement

Au final, dépenser 1,20 € pour un texte de piètre qualité est un investissement bien peu avisé, tandis que dépenser 150 € pour un texte de bon niveau est un investissement intelligent. Si vous ne disposez pas d’un tel budget, vous pourrez tout de même obtenir des contenus web honorables, pour des prix honorables.

La rédaction Web et est aujourd'hui une commodité, mais de la même façon qu’il existe de la mauvaise farine, il existe des mauvais graphistes, des mauvais programmeurs, et des mauvais rédacteurs Web. La question que le donneur d'ordre doit se poser sera : quelles sont les retombées que j'attends de ce texte ? Si vous n'attendez aucune retombée, ou si vous souhaitez prendre le risque de retombées négatives à moyen terme, optez pour des rédacteurs à 1,20 € les 300 mots. Si vous disposez en revanche d’une stratégie web clairement définie avec un objectif qualité, vous passerez par des professionnels, qui vous fourniront le service que vous êtes en droit d’attendre pour un prix honorable.

 

 

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